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16.2.2011 par Gilbert Issard.
Le 11 février dernier Standard & Poors a encore abaissé la note des banques irlandaises en dessous de ‘investment grade’, classant de nouvelles banques en ‘junk’. Au vu de la crise irlandaise, cela semble assez logique. Malgré tout, il demeure une incohérence. Les mesures de risque ne permettent pas d’être totalement confiant.
En juillet 2010, furent publiés les résultats d’un stress test de la résilience du système bancaire européen conduit par le CEBS (Committee of European Banking Superviors) qui regroupe les superviseurs des banques européennes. Ses conclusions furent très positives pour les banques européennes et en particulier les banques irlandaises. Aucune banque irlandaise ne nécessitait de recapitalisation.
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En revanche, des banques allemandes étaient pointées du doigt or jusqu’à présent aucune d’elles n’a subi les affres des banques irlandaises.
Depuis, la crise de la zone euro est passée par là. Quelles conclusions tirer de cette contradiction ? Soit le stress test est faux, soit les agences de rating sont trop pessimistes…soit les deux.
J’aimerais bien disposer des résultats d’une analyse comparative de la situation des banques irlandaises (ou d’un autre pays) selon moddy’s et selon la méthode utilisée par le CEBS. Les méthodes utilisées ne sont pas directement accessibles ni ouvertes, aussi cette analyse ne sera vraisemblablement pas possible.
Nous pouvons en tirer la leçon que la situation du pays est un facteur clé dans le rating d’un établissement : si le pays a un problème, ses banques ont un problème. La crise financière de 2008 et ses développements ultérieurs ont également montré que la réciproque était vraie.
Le stress-test ne mesurait pas ce facteur de manière suffisante et c’est dommage, même si modéliser et quantifier un tel facteur est très délicat. Ayant travaillé à la construction de stress-tests, je sais à quel point l’exercice est difficile.
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26.9.2010 par Gilbert Issard.
La question peut paraître absurde ou purement académique, celle d’un professeur interrogeant un élève. Je ne cherche pas à vérifier vos connaissances. D’une certaine façon, j’avais ouvert le sujet avec l’article sur la loi du marteau. Il s’agit de continuer la réflexion que j’y avais entamé.
Le terme de modèle recouvre beaucoup de sens, j’en veux pour preuve les définitions qu’en donne le dictionnaire en ligne. Le fil directeur est pour moi la fonction du modèle. Je reste fondamentalement un fonctionnaliste, quel que soit le domaine de pensée : finance, psychologie, politique, philosophie, etc. Plutôt que de partir de la cause, je préfère toujours m’intéresser à la fonction, au “à quoi cela sert”. Après tout, une telle approche est naturelle pour le consultant que je suis.
Un modèle peut servir à représenter une réalité. Il s’agit de l’utilisation et de la fonction la plus courante. Un modèle de risque permet d’analyser et comprendre un risque, sa structure et sa logique. Un modèle de VAR permet de quantifier le risque, en repartant de l’aléa qui sous tend la variation du prix des actifs en portefeuille. La décomposition de la fluctuation des prix des actifs en facteurs explicatifs permet d’estimer la loi de distribution de la valeur des actifs, et par extension des portefeuilles, à un horizon de temps donné. Sous réserve que l’hypothèse de loi statistique des facteurs explicatifs soit correct, le modèle de VAR fonctionne particulièrement bien. Une VAR de portefeuilles d’opérations de change quantifie particulièrement bien le risque de change à court terme.Sa fonction est assez directe : quantifier le risque pour pouvoir l’encadrer et l’intégrer à la gestion de portefeuille. Il s’agit de la définition dite scientifique du dictionnaire en ligne : “Système physique, mathématique ou logique représentant les structures essentielles d’une réalité et capable à son niveau d’en expliquer ou d’en reproduire dynamiquement le fonctionnement“ (Birou 1966).”
Les modélisations de l’ALM sont d’un autre ordre. Les modèles servent à passer de l’idée à l’acte de gestion financière. Modéliser des dépôts à vue sur 10 ans avec amortissement linéairede ne correspond pas à la réalité ou la structure essentielle des dépôts pour reprendre la définition ci-dessus. Il s’agit de passer d’un produit bancaire à un portefeuille financier, et par là de pouvoir effectuer des actes de gestion et des évaluations financières. Le choix du linéaire 10 ans n’est pas dicté par des caractéristiques fondamentales du DAV. Penser que le modèle ALM appliqué à des produits comme les DAV permet de quantifier LE risque est une erreur que je vois trop souvent. Le modèle ALM permet de prendre des décisions : comparer des alternatives dans différents environnements aléatoires et appliquer un critère de décision. Il ne s’agit d’estimer une réalité, mais de la faire, et la créer au mieux. Il ne s’agit plus réellement d’un modèle, qui représenterait une réalité, mais d’une modélisation schématique du portefeuille dans lequel le produit de passif est placé, investi ou le produit à l’actif est refinancé, ou hedgé, couvert. On arrive à la notion de portefeuille de réplication si importante et fondamentale en finance de marchés moderne. En constituant le portefeuille de réplications avec de réelles opérations, la gestion souhaitée de l’actif ou du passif est effectivement effectuée.Si vous constituez un portefeuille de swaps linéaires 10 ans du même montant que l’encours de vos dépôts vous en avez stabilisé le rendement, la marge. Pour autant, ce portefeuille de swaps n’est qu’un choix de gestion, et ne représente pas la valeur intrinsèque des dépôts, ne décrit pas une propriété propre au dépôt. On peut parler de modèle des dépôts lorsqu’on parle du modèle en “linéaire 10 ans”, mais il ne s’agit pas d’un modèle de type VAR.
La finance de marché et l’ALM sont des domaines subtils et fins, il ne faut jamais l’oublier sous peine de faire de grosses bêtises.
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21.7.2010 par Gilbert Issard.
Finalement, contrairement à ce que j’avais eu comme information, le NSFR sera vraisemblablement maintenu dans la version finale du “policy paper” (qui sert de base à la législation, européenne en premier lieu) du comité de Bâle à paraitre en novembre prochain.Les banques n’auraient pas eu gain de cause.
Si tel est le cas, le paysage réglementaire va être nécessairement bouleversé. Que devient la méthode avancée dans ce cas ? et surtout, que devient la réglementation du FSA ?
La question subsidiaire devient évidemment : quelles vont être les pondérations ? J’imagine que les résultats du QIS (Quantitative Impact Study) du printemps dernier seront exploités. Le comité de Bâle tiendra t’il compte des propositions des banques et des gouvernements et de la dernière déclaration du G20 ?
A suivre….
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17.2.2010 par Gilbert Issard.
C’est la question qui se pose dans tous les établissements, face au dernier “consultative paper” du Comité de Bâle intitulé “Renforcer la résilience du secteur bancaire” et du consultative paper sur la liquidité “Cadre international pour la mesure, les normes et le suivi du risque de liquidité”. Une analyse quantitative d’impact est lancée, avec réponse demandée pour fin avril. Les principales banques françaises sont dessus, et votre serviteur aidera l’une d’elle à remplir la partie liquidité.
Ce papier propose une définition plus stricte du capital, introduit le fameux leverage ratio, ainsi que l’Incremental Risk Charge (IRC) qui vise à prendre en compte les “mauvaises” corrélations sur les portefeuilles de trading, revoir au passage des aspects du risque de crédit traité dans Bâle II, et enfin, introduit une mesure quantitative et une contrainte pour le risque de liquidité.
Les banques devraient respecter un niveau de ratio court terme (LCR pour “Liquidity Coverage Ratio”) et un niveau de ratio long terme (NSFR Net Stable Funding Ratio) supérieur à 100 %. Le LCR se mesure comme le rapport entre un buffer d’actifs très liquides, strictement défini, et les cash flows de trésorerie nets à moins d’un mois. Le NSFR mesure le rapport entre un financement stable sur un besoin de financement stable, à 1 an. Les postes du bilan et hors bilan pris en compte sont stressés, de manière très forte, à tel point qu’il est bien difficile pour les banques de le respecter en l’état, et les contraintes imposées pour les respecter rendraient les activités bancaires pour la plupart non rentables.
Qu’il y ait une volonté d’encadrer davantage les banques après les catastrophes récentes semble de bon aloi, mais les conséquences tuent le métier bancaire. Les conséquences négatives portent autant sur la banque de réseau que la banque de marché.
Ceci a de quoi surprendre car l’encadrement semblerait nécessaire surtout sur la banque de marché or celle ci n’est pas la seule concernée et loin de là. La transformation bancaire deviendrait impossible. Or il suffit d’ouvrir n’importe quel bouquin de macro-économie ou de politique financière pour savoir qu’elle est un rouage essentiel dans le bon fonctionnement d’une économie de marché. La transformation consiste transformer les dépôts en crédits, selon le vieil adage de banquier “Les dépôts font les crédits”. Or sans transformation plus de crédit, et donc plus d’économie moderne. Les répercussions d’une application du texte bâlois en l’état seraient catastrophiques sur nos économies.
Le lobbying a commencé pour faire évoluer ce texte. Nous verrons ce qu’il en sortira.
Réguler, certes, tuer et étouffer, certainement pas !
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8.11.2009 par Gilbert Issard.
Je viens de terminer un mois chargé, stress-tests de liquidité émanant de la Commission Bancaire à rendre à la fin du mois d’octobre oblige. Le délai était très court, mais c’est fait.
Ces travaux portaient sur la mesure d’un impact potentiel de 3 scénarios de crise de liquidité sur les groupes bancaires. Ces scénarios étaient calibrés par le SGCB (Secrétariat Général de la Commission Bancaire) et portaient sur l’ensemble du groupe. Pour mémoire, le ratio 88-01 de liquidité ne porte que sur un périmètre social, ou pour le dire de manière moins comptable, sur le périmètre bancaire excluant les filiales qui répondent en leur nom. Ceci pour dire que les données à collecter sont beaucoup plus larges et partant, plus longues et difficiles à trouver.C’est une des nouveautés de l’exercice.
Ces 3 scénarios sont : un scénario de crise de confiance sur la solvabilité de l’établissement (également appelé crise idiosyncratique), une crise de marché et un mixte des deux.
Le scénario de crise spécifique se caractérise surtout par une fuite de 10% des dépôts des particuliers, 25% des dépôts des entreprises clientes, un maintien de l’activité des crédits et des reconsolidation de véhicules tiers et conduits.
Le scénario de crise de marché consiste essentiellement en une fermeture tout ou partielle du marché interbancaire (hors collatéralisé) et des émissions de TCN (CD ou CP).
En face de ses liquidités qui disparaissent, il s’agit de voir si les actifs de très bonne qualité que détient la banque : qu’il s’agisse de créances ou titres mobilisables auprès de la banque centrale contre liquidité, ou des titres susceptibles d’être mis en repos ou cédés sur le marché, permettent à l’établissement de faire face et survivre. Cette auto-assurance contre le risque de liquidité dont dispose la banque est elle suffisante ?
Mené à l’échelle d’un groupe international, l’exercice est difficile et demande beaucoup de travail, notamment de collecte et de calibrage de l’information. Malgré tout, les résultats sont riches et instructifs. Ils obligent l’établissement à se poser des questions sur ses marges de manœuvre en cas de crise de liquidité, sur le dimensionnement de son programme de refinancement, de sa diversification de ressources et l’équilibre entre les ressources clientèles et les ressources interbancaires.
Réunir des chiffres, estimer l’impact de scénarios de crise permet de mieux connaitre son sujet et d’anticiper ; en d’autres termes, de mieux gérer et piloter le risque.
Fatiguant, éprouvant mais passionnant.
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6.9.2009 par Gilbert Issard.
Ainsi que je l’indiquais dans un précédent post, la nouvelle réglementation sur le risque de liquidité propose 2 méthodes pour le risque de liquidité :
La méthode standard est réservée aux petits établissements bancaires, et les principaux groupes français : BNPP, SG, CALYON, etc. devront être en méthode avancée. Le régulateur ne leur laisse pas le choix. Ce n’est pas très étonnant, et tout à fait sain.
Néanmoins, les délais étant courts puisque l’objectif est une mise en oeuvre de la réglementation à fin juin 2001, j’imagine mal les grands groupes être tous prêts sur l’intégralité du périmètre consolidé en méthode avancée (alors que l’ancienne réglementation ne portait que sur le périmètre social).
Un passage par la méthode standard me semble inévitable, ne serait ce que pour avoir une base de comparaison et un point de référence avec l’ancien ratio.
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19.6.2009 par Gilbert Issard.
Les stress-tests comme outils de contrôle des risques constitue l’évolution majeure au sein des banques et établissements financiers depuis cet hiver. L’inflexion est majeure et sensible.
Evidemment le stress-test n’a pas été inventé il y a 6 mois. Il existe depuis la généralisation des modèles internes pour mesurer les risques de marché, soit bientôt 10 ans. La mise en oeuvre de la VAR pour les risques de marché s’est accompagnée de mesures de stress-tests, où hypothèses de crises : crash des marchés de type 1987, crise russe, faillite de LTCM, etc. Bâle II l’a demandé. L’idée était évidemment de compléter la vision probabiliste qui s’appuie sur des courbes de distribution de valeur des portefeuilles, par des scénarios déterministes faisant appel davantage au jugement d’expert et au bon sens.
La réglementation américaine n’était pas aussi stricte, les récents stress-tests américains qui ont fait couler beaucoup d’encre ne sont que l’extension de ce que préconisait la BIS (Banque des réglements internationaux en français) depuis déjà longtemps. Les américains n’ont fait qu’avaliser et entériner l’approche qui fait loi au sein de l’Europe en général et la France en particulier. C’est une bonne chose, le système financier en sort renforcé. Quoi qu’aient bien voulu dire les critiques, le schéma conçu par la BIS tient bien la route et résiste bien à la crise.
La réelle nouveauté est son application dans le cadre de la nouvelle réglementation sur la liquidité (voir mon précédent post). En effet, le texte l’inclut dans les approches internes de la gestion du risque de liquidité :
Art. 25. − Pour être autorisé à utiliser ses méthodologies internes pour la gestion de son risque de liquidité, l’établissement doit mettre en place une politique générale, des procédures, des limites, des systèmes et outils
qui répondent aux critères ci-après définis, pour l’ensemble des lignes d’activités et entités juridiques composant le périmètre de gestion défini à l’article 31 :
[…] i) Ils sont effectivement utilisés dans la mesure et la gestion du risque de liquidité en situation courante ou dans une hypothèse de crise ; ( Titre III, Chapitre 1, Art. 25 - p7)
La définition de ces scénarios de crise ou stress-tests de liquidité constituent un champ d’investigation et de réflexion passionant. Les scénarios de référence sont en train de se définir.
Les choses avancent dans le bon sens.
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