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4.4.2010 par Gilbert Issard.
L’affaire Lehman Brothers n’est pas terminée. L’enquête a mis à jour un mécanisme qui exploitait une faille de la réglementation comptable, et permettait de masquer les risques et ne pas le publier dans les états comptables et réglementaires.
Le repo ou repurchase agreement est un mécanisme classique des marchés financiers et interbancaires qui consiste à emprunter des liquidités en donnant des titres en échange, en garantie. Il y a accord de rachat des titres (d’où l’appellation de repurchase agreement) à un prix donné dans le futur. Correctement utilisé, ce mécanisme est fondamental dans le gestion de la liquidité et de la trésorerie d’une banque. Les titres sortent du bilan, mais seront rachetés.
Lehman a réussi à ne pas enregistrer ces repos comme des repos mais comme des ventes sèches. Ainsi, le bilan est moins important à la date d’arrêté des comptes, et les ratios sont meilleurs. En particulier le ratio total bilan / fonds propres. Le fameux Leverage ratio. En apparence Lehman avait suffisamment de fonds propres au regard de la taille de son bilan et de ses risques. Ce n’était pas le cas.
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27.5.2009 par Gilbert Issard.
La comptabilité française était traditionnellement attachée à la valeur historique. Vous achetiez un actif, et sauf cas particuliers, vous le portiez à sa valeur d’achat.Les opérations de marché ont bouleversé la donne, et dès la fin des années 80 sont apparues les portefeuilles de négociation, qui sont comptabilisés à la valeur de marché. La réglementation bancaire a donc entériné une distinction toujours pertinente (mais pas toujours applicable au regard de la réglementation) entre les actifs détenus sur une courte période (portefeuille de négociation), ceux sur une période moyenne (disponible à la vente, ou portefeuille de placement) et ceux appelés à être gardés jusqu’à l’échéance (portefeuille d’investisement, ou détenu jusqu’à la maturité).
La comptabilité bancaire reste dans ce paradigme, pour ces comptes sociaux, mais pas pour les comptes consolidés car depuis quelques années sont apparues les normes IFRS. Les IFRS visaient à inscrire tous les actifs à leur juste valeur, et en particulier les dérivés. Ah….la “full fair value”. Evidemment ce n’est pas possible, alors il y a les distinctions qui ressemblent un peu aux distinctions de la comptabilité bancaire d’avant.
La question sous-jacente est bien évidemment celle de l’information disponible pour l’investisseur et le marché. L’objectif est d’accroître la transparence et l’information. L’objectif a t-il été atteint ? Je ne suis pas convaincu, car comprendre les comptes IAS demandent bien souvent de les avoir fait soi même ou d’y passer un temps important. J’ai travaillé à la mise en oeuvre des normes IAS32 et IAS 39, c’est du vécu… Trop d’information tue l’information. Les normes IFRS sont elles un progrès, j’en doute un peu en ce qui concerne les banques, car il est manifeste qu’elles ont été conçues pour des sociétés industrielles, et pas du tout pour des banques. De ce fait, elles ont raté leur cible pour les banques, et ont davantage obscurci les comptes qu’autre chose.
Sur ce, arrive la crise qui a les effets que l’on sait sur les bilans des banques. La pro-cyclicité des normes IAS est alors apparue. Le raisonnement est alors le suivant : plus le marché se dégrade, plus la valeur des actifs détenus baisse, et diminue la valeur de la banque ce qui entraîne par ricochet une dégradation du marché et fragilise le système financier. Le débat est loin d’être clôt. Il est intéressant, et à ma connaissance peu d’études sérieuses existent sur le sujet. La plus fouillée est sans doute celle de la SEC (pour les normes FAS, pendant américain des IAS) qui conclut de manière claire :
“Rather than a crisis precipitated by fair value accounting, the crisis was a “run on the bank” at certain institutions, manifesting itself in counterparties reducing or eliminating the various credit and other risk exposures they had to each firm. This was, in part, the result of the massive de-leveraging of balance sheets by market participants and reduced appetite for risk as margin calls increased, putting enormous pressure on asset prices and creating a “self-reinforcing downward spiral of higher haircuts, forced sales, lower prices, higher volatility, and still lowerprices.” The trust and confidence that counterparties require in one another in order to lend,trade, or engage in similar risk-based transactions evaporated to varying degrees for each firm very quickly.”
En français et en résumé, la comptabilité de fair-value (ou juste valeur) n’a pas créé la crise. L’accumulation du risque de crédit et l’augmentation des exigences d’appels de marge de certaines institutions, ainsi que la vente massive pour “de-leveragé” ont créé et accéléré la crise. En d’autres termes, la prise en compte de la fair-value a accéléré la crise, mais pas via la comptabilité, mais via le suivi des risques des positions et leur gestion.
Alors les évolutions des normes FASB et IASB sont elles une bonne chose ? Je ne sais pas bien, je n’arrive pas à me faire une opinion. Je ne suis pas convaincu par les IAS, et la full fair value, mais j’ia peur que les modifications récentes (début avril pour les FAS) ne soient que le résultat d’un compromis douteux qui va obscurcir encore un peu plus les comptes des banques. J’espère me tromper.
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