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11.3.2011 par Gilbert Issard.
One of the consequences, though indirect, of the new Basel liquidity regulation is that it will profoundly change the bond market.
No bond issued by a bank is eligible to the liquid assets buffer, even if it is has a state guarantee. Paragraph 40 of the latest BCBS paper on page 14 is quite clear :
40. Level 1 assets are limited to:
(a) cash;
(b) central bank reserves, to the extent that these reserves can be drawn down in times of stress;
(c) marketable securities representing claims on or claims guaranteed by sovereigns, central banks, non-central government PSEs, the Bank for International Settlements, the International Monetary Fund, the European Commission, or multilateral development banks and satisfying all of the followi ng conditions:. assigned a 0% risk-weight under the Basel II Standardised Approach;
. traded in large, deep and active repo or cash markets characterised by a low level of concentration;
. proven record as a reliable source of liquidity in the markets (repo or sale) even during stressed market conditions; and
. not an obligation of a financial institution or any of its affiliated entities.
The same restriction is explicitely mentioned for level 2 assets, in paragraph 42.
Apparently, even a bond issued by a bank and guaranteed by a country (as is the case for some german banks for example) is not eligible to the liquid assets buffer. Will there be an active bond market for banks bonds ? Hedge funds, customers, mutual funds will buy these bonds but will it be sufficient to maintain a market ?
More worrying might be the next consequence of such a restriction, namely that given the level of the liquidity shortfall to meet the NSFR obligation banks will have difficulty to raise the long term cahs. the results of the QIS done by the Basel Committee. indicated on page 29 :
“QIS results show that banks in the sample had a shortfall of stable funding of €2.89 trillion at the end of 2009, if banks were to make no changes whatsoever to their funding structure.”
This shortfall in stable funding should be met by long term new funding, mostly bonds issuance, over 1 year at least. But if a bond issued by a bank is not eligible to the liquidity buffer, will there be a liquid market for such bonds ? Will there be buyers ?
We might be in a catch 22 situation, were banks must raise huge amount of new funding in a no longer liquid market. They could have difficulties in meeting the new regulatory constraint.
This intrinsic contradiction in the new NSFR regulation should be adressed quickly to avoid putting banks in an inextricable situation.
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16.2.2011 par Gilbert Issard.
Le 11 février dernier Standard & Poors a encore abaissé la note des banques irlandaises en dessous de ‘investment grade’, classant de nouvelles banques en ‘junk’. Au vu de la crise irlandaise, cela semble assez logique. Malgré tout, il demeure une incohérence. Les mesures de risque ne permettent pas d’être totalement confiant.
En juillet 2010, furent publiés les résultats d’un stress test de la résilience du système bancaire européen conduit par le CEBS (Committee of European Banking Superviors) qui regroupe les superviseurs des banques européennes. Ses conclusions furent très positives pour les banques européennes et en particulier les banques irlandaises. Aucune banque irlandaise ne nécessitait de recapitalisation.
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En revanche, des banques allemandes étaient pointées du doigt or jusqu’à présent aucune d’elles n’a subi les affres des banques irlandaises.
Depuis, la crise de la zone euro est passée par là. Quelles conclusions tirer de cette contradiction ? Soit le stress test est faux, soit les agences de rating sont trop pessimistes…soit les deux.
J’aimerais bien disposer des résultats d’une analyse comparative de la situation des banques irlandaises (ou d’un autre pays) selon moddy’s et selon la méthode utilisée par le CEBS. Les méthodes utilisées ne sont pas directement accessibles ni ouvertes, aussi cette analyse ne sera vraisemblablement pas possible.
Nous pouvons en tirer la leçon que la situation du pays est un facteur clé dans le rating d’un établissement : si le pays a un problème, ses banques ont un problème. La crise financière de 2008 et ses développements ultérieurs ont également montré que la réciproque était vraie.
Le stress-test ne mesurait pas ce facteur de manière suffisante et c’est dommage, même si modéliser et quantifier un tel facteur est très délicat. Ayant travaillé à la construction de stress-tests, je sais à quel point l’exercice est difficile.
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13.1.2011 par Gilbert Issard.
J’ai cité et critiqué pour sa médiocrité le rapport de la Commission de l’Assemblée nationale sur la crise financière en Europe. Vouloir interdire des produits dérivés ou des techniques de marché n’est pas la solution à mon avis. Faut il pour autant penser que les marchés sont incontrôlables ? Non, Bâle III est là pour le montrer.
La méthode retenue par Bâle n’est pas celle préconisée par Monsieur Emmanuelli et elle me semble beaucoup plus efficace, même si elle est indirecte. En renforçant la contrainte sur le capital et la liquidité, les marges de manœuvre des banques sont d’autant réduites. Est ce un bien ou un mal ? Je laisse à chacun le soin de juger.
Prenons l’exemple de la question des conduits. Dans la version la plus simple, ce sont des coquilles juridiques qui permettent d’émettre du papier commercial ( dette à court terme) adossée à des créances apportées au véhicule. On parle d’ABCP (Asset Backed Commercial Paper), puisque les CP émis sont adossés aux créances en termes de risque de crédit. Afin que le montage obtienne la meilleure note possible des agences de rating (le fameux AAA) il est nécessaire de garantir que le véhicule n’aura pas de problème de trésorerie. Pour cela, les véhicules obtiennent des lignes de liquidité. Il s’agit d’engagement donné par une banque de fournir des liquidités au véhicule, si jamais le papier ne se plaçait pas dans le marché, ou tout au moins pas bien ou s’il y avait le moindre souci de liquidité chez le véhicule.
Bâle applique une pondération de 100 % aux lignes de liquidité dans le LCR pour les intégrer aux cashflows sortant (outflows).Pour le dire autrement, le BCBS (Basel Committee for Banking Supervision ou Comité de Bâle) estime qu’en cas de crise de liquidité sévère, les conduits tirent leurs lignes en totalité sur une période de 1 mois. La banque étant alors obligée contractuellement de fournir les fonds, il faut qu’elle soit en mesure de faire face à cette forte contrainte de liquidité et pour cela, devra disposer de liquidité disponible immédiatement via les actifs détenus en permanence au buffer de liquidité.
Je passe les détails des paragraphes 91 à 95 du texte bâlois pour me concentrer sur le paragraphe 97 :
(c) 100% draw-downs on committed liquidity facilities to non-financial corporates, sovereigns and central banks, public sector entities, and multilateral development banks: A bank should assume a 100% drawdown of the currently undrawn portion of these liquidity facilities.
(d) 100% draw-downs on committed credit and liquidity facilities to other legal entities: These entities include financial institutions (including banks, securities firms, insurance companies), conduits and special purpose vehicles,24 fiduciaries,25 beneficiaries,26 and other entities not included in the prior categories: Banks record a cash outflow equal to 100% of the currently undrawn portion of these facilities.
98. Contractual obligations to extend funds within a 30-day period. Any contractual lending obligations to financial institutions not captured elsewhere in this standard should be captured here at a 100% outflow rate.
En d’autres termes, il est nécessaire de mettre 100 d’actifs hautement liquide en face de 100 de ligne non tirée. L’avenir de ce type de montage semble donc compromis, sauf à ne plus accorder de lignes de liquidité, ou accepter un coût beaucoup plus élevé. Les véhicules d’émission, SPV et autres conduits n’avaient pas bonne presse et les régulateurs les avaient en ligne de mire. Cette fois, sans grands éclats, il semble qu’ils ont fortement compromis leur avenir.Il y a plus efficace qu’interdire l’arbalète….pardon, les produits financiers sophistiqués.
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23.12.2010 par Gilbert Issard.
Monsieur Emmanuelli a présidé la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les mécanismes de spéculation affectant le fonctionnement de l’économie, constituée au lendemain de la crise grecque. Cette commission a rendu son rapport, dont le quotidien Le Monde rend compte. Les conclusions rapportées par le Monde ne m’ont pas semblé percutantes ni particulièrement décisives sauf celles-ci :
Elle prône une interdiction de mécanismes financiers permettant aux spéculateurs de ne courir aucun risque, tels que les contrats d’échange sur défaut (CDS) ou les ventes à terme “nus”, ou encore le high frequency trading (HFT), la passation d’ordres par ordinateurs – jusqu’à 2 millions d’ordres en une minute –, impossibles à contrôler.
Je passerai rapidement sur la remarque concernant “les mécanismes financiers permettant aux spéculateurs de ne courir aucun risque, tels que les CDS.” en rappelant la faillite ou quasi de certaines banques massivement présentes sur le marché des CDS et qui ont spéculées sur ces produits sans retenue. Un spéculateur, quel que soit le produit sur lequel il spécule, prend des risques. Monsieur Emmanuelli et sa commission n’ont visiblement pas compris ce qu’est un marché financier, mais là n’est pas le plus surprenant, et pour tout être franc, le plus amusant.
Vouloir interdire les CDS (Credit Default Swap) et le HFT (High Frequency Trading) ou les shorts sur les marchés de future me fait penser à la décision restée célèbre du concile de Latran en 1139 d’interdire l’usage de l’arbalète sur le champ de bataille. En effet le rappelle Wikipedia à l’article Arbalète :
Ainsi, considérant que l’arbalète, qui n’exige pas une grande formation, permet à des soldats peu aguerris de tuer de loin un chevalier en armure qui a voué son existence au métier de la guerre, le clergé estime que c’est une arme immorale pour le peu de courage et de formation qu’elle exige de celui qui la manie. « Les Français la regardaient comme l’arme des lâches et refusaient de s’en servir. Avec cette arme perfide, disaient-ils, un poltron peut tuer sans risque le plus vaillant homme[6]. » L’arbalète est frappée d’anathème et son usage est interdit en 1139 par le IIe concile du Latran[7] et confirmée quelques années plus tard, en 1143, par le pape Innocent II, qui menaça les arbalétriers, les fabricants de cette arme et ceux qui en faisaient le commerce d’excommunication et d’anathème.
Le succès de cette interdiction fut nulle comme chacun peut s’en douter, et ce n’est pas cela qui empêcha les armes de devenir de plus en plus puissantes et dangereuses sur les champs de bataille. On arrête pas ainsi l’innovation technique.
Monsieur Emmanuelli aura t-il plus de succès que Innocent II ? J’en doute fort, mais qui sait…
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14.12.2010 par Gilbert Issard.
La Grande Bretagne et l’Union Européenne sont en conflit autour de la régulation des succursales des banques étrangères.
La commission européenne propose que les pouvoirs de régulation des succursales étrangères soit transféré à l’autorité de tutelle du pays dont dépend la maison mère (home country) et non plus l’autorité de tutelle du pays où est localisée la succursale (host country).
Tout est parti de la crise islandaise et de la difficulté aujourd’hui de pouvoir contrôler efficacement une banque dont les succursales étrangères sont très actives.En fait, il s’agit d’éviter que les conséquences de la faillite en 2008 de Landsbanki Islands hf. ne se reproduisent. Les déposants des succursales en GB et Pays-Bas de cette banque avaient perdu leur dépôts. Les Pays-Bas, la GB et l’Islande ont mis beaucoup de temps, au prix de négociations âpres et difficiles, à se mettre d’accord sur les conditions de remboursement des 5,2 milliards de $ nécessaires à la couverture des pertes des déposants.
La commission souhaite que la régulation de la liquidité soit concentrée dans les mains du superviseur principal de la banque. L’objectif pour l’UE est d’aligner la supervision de la liquidité sur celle du capital. La FBE soutiendrait cette initiative. Cela faciliterait la vie des banques qui doivent aujourd’hui jongler entre les demandes de leur superviseur national principal c’est à dire de leur pays d’origine, et celui du pays de chacune de leurs succursales. Ne reporter qu’au superviseur “home” simplifierait énormément les contraintes des banques et éviterait de maintenir des systèmes couteux d’information et production d’états réglementaires à direction des différents superviseurs où les banques sont implantées.
Les britanniques y sont farouchement opposés. Il faut dire que la lutte de pouvoir sur le sujet de la régulation bancaire a atteint des degrés rarement vus dans le passé. La FSA, après avoir été pour le moins tolérante et accommodante veut se refaire une réputation et a basculé dans l’excès inverse. Il y va du rôle et de la place de Londres dans la finance et la banque de la décennie prochaine. Si cette mesure entre en vigueur, le poids de la FSA sur le contrôle de la liquidité va diminuer fortement.
L’ACP ne sera pas mécontente, les banques françaises implantées en GB non plus. Évidemment, la FSA n’est pas de cet avis.
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3.12.2010 par Gilbert Issard.
Il est un livre qui m’a beaucoup apporté quand je suis devenu consultant indépendant en abordant des dimensions du métier qui ne sont expliquées nulle part. Au delà de la technique financière, ou en deçà, il y a la relation avec le client : dans quel état d’esprit aborder un prospect, les demandes qui peuvent vous être faites, et les écueils à éviter au cours d’une mission de conseil même s’ils se présentent fréquemment. Au fond, il traite surtout de la relation au travail, avec un pretataire, un fournisseur, un client…
“The secrets of Consulting” vient d’être réédité en ebook, c’est une bonne nouvelle. Il était épuisé depuis longtemps. J’avais acheté ma copie aux Etats-Unis, chez un marchand de livres d’occasions, après avoir pas mal cherché sur internet. Le livre est connu de certaines personnes, qui en parlent, se le prêtent, le font circuler avec la promesse de le rendre plus tard vu sa valeur. J’ai d’ailleurs prêté ma copie récemment à mon ami Shmuel, traducteur free-lance qui veut élargir son activité, évoluer.
Parmi les perles et joyaux qu’on y trouve, les remarques sur ce qu’est réellement une crise méritent d’être ruminées et conservées dans un coin de notre tête lorsque nous abordons les fameuses crises financières. Je suis en crise depuis que j’ai 10 ans, c’est à dire depuis 1973 et la crise pétrolière. C’est la crise perpétuelle depuis cette époque si j’en crois, les journaux, la télé ou les économistes. 37 ans de crise ! rendez vous compte.
Gérald Weinberg cite son amie Rhonda qui a abouti à la conclusion qu’une crise n’est pas la fin du monde, juste la fin d’une illusion. Cela s’applique bien aux marchés financiers. Nous avons vécu dans l’illusion que la liquidité bancaire était infinie, avec au bout du compte la crise de 2008 et la quasi faillite du système bancaire.
La crise actuelle qui secoue la dette de certains pays européens s’analyse également particulièrement bien à la lumière de la loi de Rondha. L’illusion était simplement que les Etats européens peuvent s’endetter à l’infini. Nous sommes en crise, le temps que les différents acteurs et intervenants adaptent leur perception de la réalité économique et qu’ils changent leurs comportements.
Le problème survient quand l’illusion se développe et devient une telle certitude que le réajustement avec la réalité est radical, brutal et fait mal. Tout dépend au fond, de l’ampleur et de la gravité de l’illusion, à quel point l’idée est éloignée de la réalité et partant n’est plus un bon guide pour l’action et la décision. Il y a des crises qui sont plus ou moins douloureuses.Celle là le sera t’elle ? je n’en sais rien. J’espère que non.
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11.11.2010 par Gilbert Issard.
Oui, certes, une tempête s’est abattue sur l’Irelande et la Grande Bretagne, abattant des arbres, accompagnée de pluies torrentielles, rendant la circulation très difficile et parfois dangereuse. Mais c’est davantage la tempête sur les finances irlandaises qui attire mon attention en ce moment.
Les obligations irlandaises sont chahutées sérieusement. Le rendement des obligations d’Etat est monté à 8,6 % mercredi 10 au soir soit plus de 6 % au dessus du rendement des Bunds.
Il semblerait que le mouvement serait pour une grande part déclenché par des appels de marge de LCH Clearnet pour les repos sur obligations d’Etat irlandaise. LCH Clearnet est le principal clearer de repos sur la zone européenne. En raison des risques sur les obligations irlandaises, vu la situation financière du pays, LCH a effectué un appel de marge en cash de 15 % supplémentaires auprès de toutes les contreparties ayant mis en repo des obligations irlandaises. Un repo (repurchase agreement) consiste à vendre un titre et à s’engager à le racheter dans le futur à un prix défini à l’avance. C’est un moyen de trouver de la liquidité pas cher et rapidement. Si l’emprunteur ne rembourse pas à l’échéance le prêteur garde les titres qu’il peut vendre dans le marché. Les titres sont une garantie. Le risque est évidemment que le titre ne vâle plus rien à l’échéance, et que le prêteur d’argent se retrouve avec des titres sur les bras, sans pouvoir récupérer sa mise, même en vendant les titres dans le marché. Le clearer se met entre les deux contreparties pour garantir la bonne fin de l’opération et ne livrer les titres que si le règlement est effectué et réciproquement. Selon la qualité des titres et la volatilité de leur prix une décote est appliquée, appelée aussi haircut. Un titre obligataire de très bonne qualité se verra appliqué un haircut faible. Lorsque la qualité des titres se détériore le clearer peut demander une augmentation de la valeur des garanties, voire une autre garantie, qui peut être des liquidités monétaires, du cash.
L’objectif de LCH Clearnet en l’occurence est de prendre en compte la détérioration de qualité des obligations irlandaises. Pour le dire autrement, LCH a demandé du cash deposit, en complément des obligations irlandaises. Certaines contreparties auraient préféré vendre leurs positions plutôt que d’utiliser des fonds disponibles ou surtout, les lever dans le marché plus vraisemblablement, ce qui a déclenché une baisse brutale et rapide du marché.
D’une certaine façon, cet événement - l’appel de marge de LCH Clearnet - n’est que l’élément déclencheur d’une situation qui était de toute façon très instable et difficile pour l’Irlande.C’est l’étincelle qui déclenche l’incendie dans une pièce pleine de matériaux inflammables. La finance est accusée de tous les maux souvent. En l’occurence, sans les choix politiques irlandais, la situation ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui.
Ce cas illustre la propagation des risques financiers et leurs transformations via leurs couvertures. Comme je l’ai déjà écrit, une couverture ne fait pas disparaître un risque, mais elle le transforme. En l’occurence, un risque économique pour le pays, s’est transformé en risque de crédit - que l’Irlande ne rembourse pas sa dette- qui s’est lui même transformé en risque de liquidité - arriver à couvrir l’appel de marge émis par LCH Clearnet pour faire face à ce risque de crédit accru - qui s’est ensuite transformé en risque de marché - via la vente massive et simultanées des obligations qui ont elles mêmes fait flamber les taux des obligations d’Etat. Cette vente massive risque d’avoir des répercussions sur l’économie en retour, voire sur les autres pays d’Europe.
Nous n’avons pas encore trouvé la recette de la stabilité financière. Les régulations en cours y contribuent mais elles ne font pas tout. En fin de compte, ce sont les politiques économiques et financières des Etats qui font les marchés et leur situation. Les marchés eux mêmes ne font que réagir et s’adapter. On ne peut comprendre la finance sans prendre en compte la question politique, qui reste le facteur clé, quoi qu’on veuille bien dire et penser sur le caractère nocif des marchés. La politique a toujours le dernier mot.
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4.10.2010 par Gilbert Issard.
Je ne saurais trop vous recommander un article du FMI (en anglais uniquement, désolé pour les non anglophones) sur une analyse de la crise et le risque systémique de liquidité, publié sur son site le 29 septembre dernier.
La synthèse donnée en introduction est sévère, mais juste à mon avis.
The inability of financial institutions, including banks, to obtain short-term funding during the global financial crisis was the result of weaknesses in risk management practices by the institutions themselves, serious and unforeseen issues in how wholesale funding markets work, and regulatory gaps […].
ou en français :
L’incapacité des institutions financières, y compris les banques, à obtenir un refinancement court terme durant la crise financière fut le résultat de faiblesses dans les pratiques de gestion des risques de la part des institutions elles-mêmes, des problèmes sérieux et non anticipés sur la façon dont les marchés fonctionnent, et des écarts réglementaires […]
L’article revient sur le déroulement de la crise de liquidité de 2008, la pénurie de dollars liée au rôle pivot et central des fonds de gestion (mutual funds), institutionnels. La question de la régulation des fonds est abordée. C’est aujourd’hui LA question clé pour éviter le risque systémique. Ces sociétés, et non plus les banques comme par le passé, collectent les dépôts et la liquidité de la clientèle dans beaucoup de pays, dont la France en particulier. Si elles décident de ne plus refinancer les banques et le système financier, comme ce fut le cas lors de la crise, tout le système peut se gripper. La liquidité reste coincée et le risque macro-économique est majeur.Cette question de la régulation des sociétés de gestion collective de fonds n’est pas simple. Cet article a le mérite de l’aborder.
Le modèle français a été celui dit de la désintermédiation : les dépôts ne restent plus dans les bilans bancaires, de même que les crédits. L’intérêt pour les banques fut celui de la marge immédiate, et la substitution de la marge d’intérêt par la commission d’intermédiation. Ainsi, traditionnellement, le dépôt du client, s’il reste dans le bilan de la banque, est réutilisé, transformé pour utiliser le terme consacré et ainsi le crédit long terme, financé par le dépôt d’autres clients assure une marge d’intérêts : l’écart entre le taux du crédit et le taux du dépôt (souvent 0 en France).
La désintermédiation passa ensuite par là. Le dépôt en allant dans la SICAV ou fonds de gestion collective, FCP, assurance vie, sortit du bilan bancaire mais permit aux banques de toucher les commissions liées à la vente des produits d’épargne.De même le crédit à peine commercialisé pouvait être repackagé pour être titrisé dans un Fonds Commun de Créances (FCC) ou apporté à un véhicule qui l’utilise pour garantir une émission (covered bonds). Les banques ont ainsi touché des commissions sur les cessions des dépôts d’une part, et des créances (crédits) de l’autre. A court terme c’était merveilleux, au lieu d’attendre la marge d’intérêt sur une longue période de temps, elles purent toucher des commissions importantes tout de suite. C’était le début des années 2000, si vous vous en souvenez.
Mais que se passe t’il si les fonds de gestion collective refusent de vous reprêter l’argent des dépôts qui autrefois étaient dans votre bilan ? Que se passe t’il si la qualité des crédits baisse tellement que les fonds de créances s’écroulent, et que les émissions adossées à des créances ne sont plus possibles ? Vous avez une crise de liquidité majeure.
Certes, la question des créances pourries est aujourd’hui en voie de résolution. En revanche, celle des dépôts désintermédiés et qui pourraient rester dans les sociétés de gestion de fonds reste entière aujourd’hui. Plusieurs solutions sont envisageables : obliger les fonds à placer une partie significative de leurs fonds dans les actifs bancaires : CD, émissions obligataires, etc. afin de forcer le recyclage en est une. Sans doute y en a t-il d’autres.
A suivre de près.
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17.9.2010 par Gilbert Issard.
Le comité de Bâle a publié, le 12 septembre dernier, un communiqué de presse qui fixe les règles à venir sur le capital (niveau de Tier 1, traitement des produits hybrides, conservation buffers, etc..) avec des plannings associés : montée en charge progressive de l’exigence de niveau des ratios et migration du leverage ratio en 2018 au pilier I.
En revanche, le texte reste extrêmement sybillin sur la liquidité. Il dit simplement :
“After an observation period beginning in 2011, the liquidity coverage ratio (LCR) will be introduced on 1 January 2015. The revised net stable funding ratio (NSFR) will move to a minimum standard by 1 January 2018. The Committee will put in place rigorous reporting processes to monitor the ratios during the transition period and will continue to review the implications of these standards for financial markets, credit extension and economic growth, addressing unintended consequences as necessary. ” avec un calendrier prévisionnel ne disant pas s’il s’agit de début ou fin 2011.
Visiblement, le sujet de la réglementation sur la liquidité n’est pas clôt.
A suivre…
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6.9.2010 par Gilbert Issard.
Le rapport est finalement peu mentionné et commenté et c’est dommage. La SEC a publié sur son site un rapport relevant des manquements graves aux normes de notation américaines de la part de l’agence de notation Moody’s.
En 2007, un analyste de Moody’s s’est rendu compte qu’une erreur dans un programme, servant à déterminer en partie la notation d’un dérivé de crédit complexe (Constant Proportion Debt Obligation), l’améliorait de 1,5 à 3,5 niveaux (ou notches). Ces dérivés étaient notés AAA, jusqu’à ce qu’ils disparaissent dans un trou de la crise de 2008 pour ne plus jamais en ressortir.
Jusque là me direz vous, il n’y a pas vraiment de quoi s’alarmer. Les erreurs de programmation arrivent partout, dans tous les programmes ou presque et cela ne justifie pas à soi seul d’attaquer ou critiquer Moody’s. Que celui qui n’a jamais laissé par inadvertance un bug dans un programme qu’il aurait développé me jette la pierre.
Ce qui est nettement plus grave est la réponse du comité européen de notation de Moody’s lorsque le problème lui fut remonté, puisqu’il décida de ne rien communiquer ou corriger quant aux notations attribuées puisque cela aurait alors un impact commercial négatif et nuirait à la réputation de Moody’s.
Tout le problème de la position des agences de notation se trouve résumé ici : à la fois juges et parties de l’évaluation du risque. Les méthodes de notation étant obscures et invérifiables, la tentation est grande de cacher ses erreurs. Dans tout système ou march é, lorsque la formule “Pas vu, pas pris” peut s’appliquer, le système va être corrompu et perverti par quelques uns.
Les gains étaient trop importants pour les agences, la possibilité que l’erreur soit révélée au grand jour trop improbable pour qu’elles ne soient pas fortement tentées de la masquer.
Malgré tout, la SEC ne poursuivra pas Moody’s. L’issue est trop incertaine.
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