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23.12.2010 par Gilbert Issard.
Monsieur Emmanuelli a présidé la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les mécanismes de spéculation affectant le fonctionnement de l’économie, constituée au lendemain de la crise grecque. Cette commission a rendu son rapport, dont le quotidien Le Monde rend compte. Les conclusions rapportées par le Monde ne m’ont pas semblé percutantes ni particulièrement décisives sauf celles-ci :
Elle prône une interdiction de mécanismes financiers permettant aux spéculateurs de ne courir aucun risque, tels que les contrats d’échange sur défaut (CDS) ou les ventes à terme “nus”, ou encore le high frequency trading (HFT), la passation d’ordres par ordinateurs – jusqu’à 2 millions d’ordres en une minute –, impossibles à contrôler.
Je passerai rapidement sur la remarque concernant “les mécanismes financiers permettant aux spéculateurs de ne courir aucun risque, tels que les CDS.” en rappelant la faillite ou quasi de certaines banques massivement présentes sur le marché des CDS et qui ont spéculées sur ces produits sans retenue. Un spéculateur, quel que soit le produit sur lequel il spécule, prend des risques. Monsieur Emmanuelli et sa commission n’ont visiblement pas compris ce qu’est un marché financier, mais là n’est pas le plus surprenant, et pour tout être franc, le plus amusant.
Vouloir interdire les CDS (Credit Default Swap) et le HFT (High Frequency Trading) ou les shorts sur les marchés de future me fait penser à la décision restée célèbre du concile de Latran en 1139 d’interdire l’usage de l’arbalète sur le champ de bataille. En effet le rappelle Wikipedia à l’article Arbalète :
Ainsi, considérant que l’arbalète, qui n’exige pas une grande formation, permet à des soldats peu aguerris de tuer de loin un chevalier en armure qui a voué son existence au métier de la guerre, le clergé estime que c’est une arme immorale pour le peu de courage et de formation qu’elle exige de celui qui la manie. « Les Français la regardaient comme l’arme des lâches et refusaient de s’en servir. Avec cette arme perfide, disaient-ils, un poltron peut tuer sans risque le plus vaillant homme[6]. » L’arbalète est frappée d’anathème et son usage est interdit en 1139 par le IIe concile du Latran[7] et confirmée quelques années plus tard, en 1143, par le pape Innocent II, qui menaça les arbalétriers, les fabricants de cette arme et ceux qui en faisaient le commerce d’excommunication et d’anathème.
Le succès de cette interdiction fut nulle comme chacun peut s’en douter, et ce n’est pas cela qui empêcha les armes de devenir de plus en plus puissantes et dangereuses sur les champs de bataille. On arrête pas ainsi l’innovation technique.
Monsieur Emmanuelli aura t-il plus de succès que Innocent II ? J’en doute fort, mais qui sait…
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19.12.2010 par Gilbert Issard.
Nous l’attendions il est disponible sur le site de la banque des règlements internationaux, via ce lien. En deux mots, le texte ne fait que renforcer et inscrire définitivement ce qui était dans le premier “papier consultatif” de décembre 09.
Extrêmement intéressant également, le résultat de l’étude d’impact quantitatif menée par le Comité de Bâle sur la liquidité est publié, à cette adresse. Je vous enjoins à le lire en détail. Les chiffres différencient 2 groupes de banques : les grandes banques internationales et les autres.
Les banques sont en moyenne en dessous de l’exigence réglementaire. Les banques, globalement, vont devoir rallonger leur funding et acheter des actifs liquides pour constituer leur buffer, ou coussin d’actifs liquides.
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14.12.2010 par Gilbert Issard.
La Grande Bretagne et l’Union Européenne sont en conflit autour de la régulation des succursales des banques étrangères.
La commission européenne propose que les pouvoirs de régulation des succursales étrangères soit transféré à l’autorité de tutelle du pays dont dépend la maison mère (home country) et non plus l’autorité de tutelle du pays où est localisée la succursale (host country).
Tout est parti de la crise islandaise et de la difficulté aujourd’hui de pouvoir contrôler efficacement une banque dont les succursales étrangères sont très actives.En fait, il s’agit d’éviter que les conséquences de la faillite en 2008 de Landsbanki Islands hf. ne se reproduisent. Les déposants des succursales en GB et Pays-Bas de cette banque avaient perdu leur dépôts. Les Pays-Bas, la GB et l’Islande ont mis beaucoup de temps, au prix de négociations âpres et difficiles, à se mettre d’accord sur les conditions de remboursement des 5,2 milliards de $ nécessaires à la couverture des pertes des déposants.
La commission souhaite que la régulation de la liquidité soit concentrée dans les mains du superviseur principal de la banque. L’objectif pour l’UE est d’aligner la supervision de la liquidité sur celle du capital. La FBE soutiendrait cette initiative. Cela faciliterait la vie des banques qui doivent aujourd’hui jongler entre les demandes de leur superviseur national principal c’est à dire de leur pays d’origine, et celui du pays de chacune de leurs succursales. Ne reporter qu’au superviseur “home” simplifierait énormément les contraintes des banques et éviterait de maintenir des systèmes couteux d’information et production d’états réglementaires à direction des différents superviseurs où les banques sont implantées.
Les britanniques y sont farouchement opposés. Il faut dire que la lutte de pouvoir sur le sujet de la régulation bancaire a atteint des degrés rarement vus dans le passé. La FSA, après avoir été pour le moins tolérante et accommodante veut se refaire une réputation et a basculé dans l’excès inverse. Il y va du rôle et de la place de Londres dans la finance et la banque de la décennie prochaine. Si cette mesure entre en vigueur, le poids de la FSA sur le contrôle de la liquidité va diminuer fortement.
L’ACP ne sera pas mécontente, les banques françaises implantées en GB non plus. Évidemment, la FSA n’est pas de cet avis.
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3.12.2010 par Gilbert Issard.
Il est un livre qui m’a beaucoup apporté quand je suis devenu consultant indépendant en abordant des dimensions du métier qui ne sont expliquées nulle part. Au delà de la technique financière, ou en deçà, il y a la relation avec le client : dans quel état d’esprit aborder un prospect, les demandes qui peuvent vous être faites, et les écueils à éviter au cours d’une mission de conseil même s’ils se présentent fréquemment. Au fond, il traite surtout de la relation au travail, avec un pretataire, un fournisseur, un client…
“The secrets of Consulting” vient d’être réédité en ebook, c’est une bonne nouvelle. Il était épuisé depuis longtemps. J’avais acheté ma copie aux Etats-Unis, chez un marchand de livres d’occasions, après avoir pas mal cherché sur internet. Le livre est connu de certaines personnes, qui en parlent, se le prêtent, le font circuler avec la promesse de le rendre plus tard vu sa valeur. J’ai d’ailleurs prêté ma copie récemment à mon ami Shmuel, traducteur free-lance qui veut élargir son activité, évoluer.
Parmi les perles et joyaux qu’on y trouve, les remarques sur ce qu’est réellement une crise méritent d’être ruminées et conservées dans un coin de notre tête lorsque nous abordons les fameuses crises financières. Je suis en crise depuis que j’ai 10 ans, c’est à dire depuis 1973 et la crise pétrolière. C’est la crise perpétuelle depuis cette époque si j’en crois, les journaux, la télé ou les économistes. 37 ans de crise ! rendez vous compte.
Gérald Weinberg cite son amie Rhonda qui a abouti à la conclusion qu’une crise n’est pas la fin du monde, juste la fin d’une illusion. Cela s’applique bien aux marchés financiers. Nous avons vécu dans l’illusion que la liquidité bancaire était infinie, avec au bout du compte la crise de 2008 et la quasi faillite du système bancaire.
La crise actuelle qui secoue la dette de certains pays européens s’analyse également particulièrement bien à la lumière de la loi de Rondha. L’illusion était simplement que les Etats européens peuvent s’endetter à l’infini. Nous sommes en crise, le temps que les différents acteurs et intervenants adaptent leur perception de la réalité économique et qu’ils changent leurs comportements.
Le problème survient quand l’illusion se développe et devient une telle certitude que le réajustement avec la réalité est radical, brutal et fait mal. Tout dépend au fond, de l’ampleur et de la gravité de l’illusion, à quel point l’idée est éloignée de la réalité et partant n’est plus un bon guide pour l’action et la décision. Il y a des crises qui sont plus ou moins douloureuses.Celle là le sera t’elle ? je n’en sais rien. J’espère que non.
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