- Gestion financière et stratégies bancaires - http://blog.issard.com -
Modèle et valeur
Posté par Gilbert Issard le 4.11.2010 @ 08:26 Dans ALM, gestion actif-passif, gestion d'actifs, Mon site | commentaires désactivés
Le modèle financier peut servir à beaucoup de choses : déterminer la valeur d’un produit de marché comme dans le cas des options, ou la distribution de sa valeur à un horizon de temps donné : c’est le cas de la VAR.Nous sommes ici dans le monde des marchés, où la question fondamentale est plus celle de la plus value que du revenu.
La modélisation d’un produit de marché permet de faire un lien, jeter un pont avec d’autres produits de marchés cotés et ainsi par extension, en déduire une valeur. Si votre position est un mixte de swaps de taux, et d’options, la valeur de votre position est celle du mixte de produits, et sa valeur évoluera selon l’évolution du mixte. Le modèle permet de déterminer le prix de votre position, et par extension d’en connaître la valeur.
Le point important, sur lequel je réfléchis en ce moment, est celui du processus de détermination de la valeur. Dans un cas, celui du modèle de marché, la valeur se lit directement (ou presque dans des cas de produits très complexes : options asiatiques, CDS, options digitales, etc.). Il y a un produit dont on représente les caractéristiques de taux, de change, d’actions, d’indices quels qu’ils soient et à partir d’une formule ou d’un procédé mathématique dans le cas des monte-carlo, la valeur se calcule. Il s’agit d’appliquer une formule. C’est la formule qui détermine le prix, la valeur.
En l’occurrence, la réglementation bancaire française est particulièrement instructive dans sa définition du marché actif et des modes de valorisation. Je veux parler du [1] CRB 90-01 qui stipule en la matière de manière très claire à l’article 2 :
Constitue un marché actif tout marché sur lequel les prix de marché des titres concernés sont constamment accessibles aux tiers auprès d’une bourse de valeurs, ou auprès de courtiers, de négociateurs, ou d’établissements assujettis mainteneurs de marché ou d’organismes équivalents qui assurent des cotations permanentes de cours acheteurs et vendeurs dont les fourchettes correspondent aux usages du marché ou, à défaut, qui effectuent des opérations de montants significatifs sur des titres équivalents en sensibilité et dont le marché influence nécessairement celui des titres concernés.
L’appréciation du caractère inactif d’un marché s’appuie sur des indicateurs tels que la baisse significative du volume des transactions et du niveau d’activité sur le marché, la forte dispersion des prix disponibles dans le temps et entre les différents intervenants de marché mentionnés supra ou l’ancienneté des dernières transactions observées sur le marché dans des conditions de concurrence normale. »
En ALM, cela ne fonctionne pas ainsi. Nous ne sommes plus dans un cadre de marché. Et pourtant, la question de la valeur se pose même si le cadre de référence théorique n’est pas celui là. Si vous souhaitez valoriser vos dépôts à vue vous ne pouvez appliquer une formule mathématique quelconque en utilisant des paramètres de marché observables.
Les clients ont déposé des sommes sur leur compte, qui donnent lieu à transformation en crédit par la banque, le système financier en général. Les dépôts ne valent pas l’actualisation des flux futurs car les dépôts ont une durée infinie en théorie. Il n’y a pas de terme au dépôt à vue, et si le client peut retirer ses fonds à tout moment, la loi des grands nombres, et le comportement des clients fait que cela ne se produit pas, sauf en cas de crise majeure (et encore, les clients de la SG n’ont pas retiré massivement leurs fonds lors de l’affaire Kerviel, alors même qu’il y avait des rumeurs sur l’ampleur de la perte et l’avenir de la SG). Les encours de dépôts sont stables. A quel taux actualiser alors ? un taux infini ? cela n’a pas de sens.
Certains actualisent sur la durée et l’échéance du portefeuille de réplication, mettons pour illustrer un vie moyenne de 5 ans, avec un profil en linéaire 10 ans. Mais cette logique même pose un autre problème : il s’agit d’un choix de gestion et non pas des caractéristiques intrinsèques du produit “Dépôt A Vue” (DAV) et d’autre part, dès lors que les DAV ne s’amortissent pas, ce portefeuille va devoir être roulé périodiquement et ainsi conserver un placement sur le profil choisi.
Dès lors, que vaut un dépôt à vue ? pas simple, et certainement pas le résultat de l’application d’un modèle de type option, Black&Scholes, ou actualisation, ou VAR. Il ne s’agit pas d’un produit de marché cessible sur un marché. Il ne s’agit pas ici de déterminer un prix de marché. Contrairement à la croyance admise jusqu’à présent, et qui a servi de fondement au développement des marchés financiers modernes, tout n’a pas un prix de marché. Il y a des limites à ce système de pensée économique.
La valeur n’est pas que le prix de cession.
Article imprimé à partir de Gestion financière et stratégies bancaires: http://blog.issard.com
URL de l'article : http://blog.issard.com/2010/11/04/modele-et-valeur/
URLs in this post:
[1] CRB 90-01: http://www.banque-france.fr/fr/supervi/telechar/regle_bafi/textes/CRBF90_01.pdf
Veuillez cliquer ici pour imprimer.