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Archive pour mai 2010

Nouveaux problèmes de liquidité

Il fallait s’y attendre. La crise sur l’Euro, et sur la dette de la Grèce, se propage au marché interbancaire euro. Les banques européennes se prêtent entre elles sans souci ni problème. Les banques centrales et les états sont là, mais les banques étrangères ont des craintes vis à vis du marché européen, et de ses banques en particulier.

Les mesures européennes, ainsi que l’action du FMI, ont calmé le jeu. Il n’empêche qu’il reste des suspicions et réticences sur le marché interbancaire. Les banques sont rentrées à nouveau dans une attitude de méfiance vis à vis de leurs confrères, et en particulier européens. Il s’agit d’une crise de liquidité qui provient de doutes sur la capacité à rembourser de ses contreparties habituelles. Si une contrepartie tombe, il s’agit d’un problème de crédit, et de risque de crédit, mais ne pas récupérer ses fonds sur l’interbancaire, vu les sommes en jeu, peut se traduire rapidement par un  risque de liquidité.

C’est le fameux risque de l’effet dominos : si une banque tombe, et qu’elle est importante, elle risque d’entraîner d’autres établissements dans sa chute, ce que personne ne veut bien sûr.

Le capital ne fait pas tout

La théorie des risques financiers considère que le capital d’une institution a pour rôle d’absorber les pertes, et par voie de conséquences, les risques que prend l”institution. Ce principe fonde la réglementation prudentielle, depuis Bâle I jusqu’à Bâle III encore en discussion. Cette théorie s’applique aussi bien au risque de marchés que le risque de crédit ou le risque opérationnel.

La VAR, sous toute ses formes sert à déterminer le capital économique nécessaire puis sa version réglementaire après traduction dans les textes CAD et CRD européens. Il y a aujourd’hui des débats théoriques sur la détermination du niveau requis de capital. Faut il prendre un quantile de VAR? faut il considérer l’expected short-fall ? Je ne détaillerai pas ici ces questions, mais me focaliserait sur l’inadaptation de ce paradigme au risque de liquidité.

Le risque de  liquidité n’est pas un risque de perte, mais de dépôt de bilan, voire de faillite pure et simple. En effet, une entreprise - qu’elle soit industrielle ou bancaire - peut vivre aussi longtemps qu’elle peut financer son activité. Ce financement peut être assuré par les recettes (si tout va bien et que l’entreprise est profitable), par le capital (s’il ne s’agit pas de finance ou de secteur à effet de levier très important comme cela peut être le cas pour la banque), ou par les créanciers. Perdre de l’argent n’est pas le critère pertinent, en tout cas pas en première approche. Une société peut perdre de l’argent plusieurs années de suite, tant qu’elle paye ses dettes, qu’elle trouve de la liquidité elle peut vivre. Inversement, dans bon cours de gestion financière des entreprises, on apprend qu’une société florissante peut mettre la clé sous la porte en raison de problèmes de trésorerie.

Le niveau de capital n’est donc pas le bon critère pour piloter le risque de liquidité. Un niveau très élevé de capital ne garantit aucunement que l’institution pourra survivre à une crise de liquidité, même si cela aide, car un niveau élevé de capital rassure les prêteurs potentiels. Si le capital ne va pas en face du risque de liquidité pour le couvrir, comment l’assurer ?

Le buffer ou matelas de liquidité joue ce rôle. Il est constitué d’actifs monétisables à brève échéance . Il s’agit pour l’essentiel d’actifs de très bonnes qualité, dettes d’Etats, ou équivalent. Je vous renvois au texte réglementaire INFO_LIQ du SGCB (autres sources de financement) et au  CP de Bâle sur la liquidité pour une discussion fouillée sur les actifs pouvant constituer un buffer). La monétisation peut être réalisée par vente sèche ou par mise en repo.

Le capital ne joue ici aucun rôle.Ceci est nouveau par rapport au raisonnement classique sur les risques financiers.

Cela dit, comme pour le capital le niveau du buffer se détermine au moyen de stress-tests, et les limites se fixent également après calibrage du niveau nécessaire de buffer, et donc après stress-tests.

On s’oriente donc vers un monde où nous disposerions de deux mesures de risques principales : le capital et le buffer. L’un complète l’autre.

C’est la faute à la société…

gavrocheIl est jeune, a fait de la prison et risque d’être lourdement condamné.La vie ne lui a pas fait de cadeaux. Issu d’une famille simple, il confie. “Quand j’étais gamin, je travaillais souvent le samedi ou les vacances pour donner un coup de main au salon de coiffure de ma mère, elle m’a élevé comme ça : on se défonce pour l’entreprise dans laquelle on est. Notre culture familiale, c’était ça: un patron t’a offert un boulot, alors tu te bouges pour lui renvoyer l’ascenseur.”

Il travaille dur, dans le seul intérêt de son patron, et aujourd’hui il se retrouve au  tribunal. Quelle injustice ! Quel scandale ! Certes, il a fait des bêtises, mais qui n’en a pas fait ? Alors, un peu d’humanité et de compassion pour cette victime de la société. Si il est devenu délinquant c’est qu’il avait de mauvaises fréquentations. Lesquelles ? mais ses collègues de la salle des marchés de la SG voyons. Jérome Kerviel est touchant, poignant. J’ai chaudement pleuré sur la vie de ce gavroche des temps modernes en lisant son interview au JDD.

Il publie un bouquin aussi. Un remake des Misérables, j’imagine. Cela dit, a t-il le style de Victor Hugo ? Le costume de Gavroche lui va t’il bien ? Le procès qui s’ouvre bientôt le dira.

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