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Archive pour avril 2010

La pudeur de M. Barnier concernant les agences de notation

M. Barnier, commissaire européen au marché intérieur et aux services (dont les services financiers), vient de donner une interview au journal Les Echos : “Je réfléchis à l’idée d’une agence de notation supplémentaire, qui serait européenne”.

La fin de l’interview est intéressante, surtout par ce qu’elle sous entend, plus que par ce qu’elle dit explicitement

L’Europe a-t-elle tiré les conséquences de la crise, notamment à propos des agences de notation ?

Au-delà de la situation grecque, je pense que le paysage des agences, compte tenu de leur importance, est très concentré dans quelques mains.

Je réfléchis, sans improvisation, à l’idée, la faisabilité et à la valeur ajoutée d’une agence supplémentaire, qui serait européenne.

Par ailleurs, d’autres évaluations pourraient être faites sur l’usage de la notation dans l’appréciation des produits financiers. En particulier, il faut peut-être réfléchir sur le point de savoir si notre réglementation prudentielle doit s’appuyer aussi largement sur ce type de notation.

Il y a là, dans cette dernière phrase, la question du rôle et du contrôle des agences de notation, tant dans l’appréciation du bon niveau de capitalisation des banques via la réglementation européenne mettant en oeuvre Bâle II que dans l’éligibilité des actifs en banque centrale dans le système de refinancement de la zone euro et la politique monétaire européenne.

Les politiques semblent réfléchir et travailler sur le sujet. C’est a priori une bonne nouvelle.

La pudeur et la retenue de M. Barnier me laisse penser que les européens se rendent compte qu’il faut faire changer les choses, mais discrètement.M. Barnier préfère mentionner le sujet, mais ne pas l’expliciter. Je trouve cela dommage et je préfèrerais que le débat soit posé de manière ouverte. A t’il peur de la réaction des citoyens européens ? et en particulier ceux du sud ?

Le sujet est délicat, certes, mais pourquoi ne pas reconnaître une inadaptation du système actuel ? Après tout, il y a 5 ans, personne ne songeait à discuter le bien fondé de l’utilisation des notations externes dans la détermination du capital des banques ou dans le système monétaire européen.

L’empathie du trader

  Goldman Sachs est attaqué en justice par la SEC, gendarme des bourses américaines. La banque est accusée d’avoir structuré et vendu des CDO à ses clients tout en sachant très bien que le marché était en train de s’effondrer.

Le principal trader incriminé est un français Fabrice Tourre. Le FT donne copie d’un de ses mails après le succès du placement du CDO en question, daté du 23 janvier 2007 qui laisse pantois :”More and more leverage in the system,” he wrote. “The whole building is about to collapse anytime now … Only potential survivor the fabulous Fab[rice] …standing in the middle of all these complex, highly leveraged, exotic trades he created without necessarily understanding all of the implications of those monstruosities !!!” ce qui peut se traduire par “de plus en plus d’effet de levier dans le système. La totalité du bâtiment est sur le point de s’écrouler maintenant…Seul survivant potentiel le Fabuleux Fab(rice)…debout au milieu de toutes ces transactions complexes,hautement leveragés, exotiques qu’il a créés sans nécessairement comprendre toutes les implications de ces monstruosités !!!”

Au moins, il avait conscience que les produits qu’il montait et vendait n’étaient pas viables à long terme. Comme quoi la crise n’a pas surpris tout le monde.

Ca s’en va et ça revient…ou le repo105

L’affaire Lehman Brothers n’est pas terminée. L’enquête a mis à jour un mécanisme qui exploitait une faille de la réglementation comptable, et permettait de masquer les risques et ne pas le publier dans les états comptables et réglementaires.

Le repo ou repurchase agreement est un mécanisme classique des marchés financiers et interbancaires qui consiste à emprunter des liquidités en donnant des titres en échange, en garantie. Il y a accord de rachat des titres (d’où l’appellation de repurchase agreement) à un prix donné dans le futur. Correctement utilisé, ce mécanisme est fondamental dans le gestion de la liquidité et de la trésorerie d’une banque. Les titres sortent du bilan, mais seront rachetés.

Lehman a réussi à ne pas enregistrer ces repos comme des repos mais comme des ventes sèches. Ainsi, le bilan est moins important à la date d’arrêté des comptes, et les ratios sont meilleurs. En particulier le ratio total bilan / fonds propres. Le fameux Leverage ratio. En apparence Lehman avait suffisamment de fonds propres au regard de la taille de son bilan et de ses risques.  Ce n’était pas le cas.

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