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Archive pour mars 2010

Le nécessaire contrôle des agences de rating

La situation n’est pas loin d’être ubuesque et drôle si elle n’était pas aussi grave. La zone Euro est soumise aux plus importantes pressions qu’elle n’ait jamais subie.La Grèce doit elle sortir de l’Euro ? L’Allemagne joue t’elle un individualiste au risque d’une explosion de l’Europe Economique ?

Au delà de la situation économique de tel ou tel pays, ou de politique européenne il est frappant de constater que très peu de personnes remettent en cause le poids des agences de rating. Fitch downgrade le Portugal et la zone euro tremble.J’avais évoqué ce problème l’été dernier dans un article de ce blog. Les choses ont encore empiré depuis malheureusement.

La BCE (Banque Centrale Européenne) refinance les banques européennes en leur prêtant des montants déterminés principalement par le montant des actifs qu’elles apportent en garantie. Ainsi en France, le pool 3G (Gestion Globale des Garanties) en vigueur entre les banques et la Banque de France fonctionne comme une ligne de crédit accordée aux banques de la place par la BCE, dont le montant est fixé par le montant desdits actifs apportés au pool et auxquels sont appliqués des décotes (haircuts) afin de “monétiser” ces actifs. Les actifs sont clairement et précisément définis. Il y a des critères d’éligibilité en banque centrale.Ces actifs peuvent être des créances commerciales ou des titres de très bonne qualité. Comment est fixée et qui évalue la qualité des actifs pouvant être refinancés en banque centrale ?

Il y a quelques années, (et oui je ne suis plus si jeune) la Banque de France refinançait ce qu’il était coutume d’appeler des “catégories 3″, des crédits accordés à des entreprises par les banques commerciales. Cette “catégorie 3″ était la meilleure note de crédit octroyée par la Banque de France elle même. Elle indiquait que les entreprises étaient solides. Les banques envoyaient des données à la “centrale des bilans” de la BdF qui donnait en retour une note de qualité de crédit. Je ne suis plus tout à fait à jour sur les modalités précises de mobilisation des créances en BdF, mais le principe est toujours le même. A ces créances s’ajoutaient les titres de l’Etat français : OAT et Bons du Trésor. Le refinancement était donc exclusivement contrôlé par la Banque de France.

Puis sont arrivées les agences de rating et l’euro. Les titres sont ceux de la zone euro avec des critères de rating. Si les dettes des pays sont encore downgradés (leurs notes abaissées) elles ne pourront plus être refinancées auprès de la BCE. Alors qu’il s’agit de la dette de pays de la zone Euro, sauf à modifier les règles d’éligibilité en banque centrale.

Ce faisant, le contrôle du système de refinancement interbancaire est à la main d’agences de rating totalement incontrôlées. Elles font la pluie et le beau temp. Elles sont opaques quant à leurs méthodes qui ne sont pas publiées à ma connaissance. Elles ont fait des ravages dans la crise des subprimes, mais rien ne semble changer. Aucun organe ne les contrôle.

Souhaitons que l’Europe reprenne le contrôle des  agences de rating. Certes, ce n’est pas suffisant et un travail en profondeur sur la politique économique et monétaire de l’Europe doit être menée, mais il n’empêche, les agences de rating ne doivent plus être un facteur de déstabilisation et de risque économique pour l’Europe.

Quel dispositif de suivi et de pilotage du risque de liquidité ?

Alors qu’il était extrêmement flou il n’y a pas si longtemps, les travaux récents des banques et des régulateurs ont permis de préciser le cadre conceptuel pour le suivi et le pilotage du risque de liquidité.

Aujourd’hui les métriques fondamentales sont de deux types :

  1.  les cash-flows à court terme : de 7 jours pour la Commission Bancaires à 90 jours pour la FSA, avec des banques qui se pilotent en interne avec un horizon de 30 jours. Ces prévisions de cash-flows ont vocation à permettre d’une part le pilotage de la banque et l’anticipation des entrées et sorties de fonds, mais aussi d’identifier et quantifier le risque que le beson de trésorerie à court terme ne se creuse suite à une situation de stress : fermeture d’un marché interbancaire, fuite des dépôts de la clientèle, etc.
    Face à ces projections de cash-flows sous stress et en régime de croisière, il faut mettre les coussins d’actifs liquides, les “buffers” de liquidité, composés d’actifs très facilement, et très vite monétisables (obligations d’Etats facilement mobilisables en banque centrle ou via le marché des repos). Ce coussin permettant de faire face à l’impact de stress. A tout moment la banque doit s’assurer qu’il y a suffisamment d’actifs monétisables pour faire face aux crises et stress simulés.
  2. une comparaison par échéance entre des stocks de liquidité stable et des besoins de liquidité stables, eux mêmes estimés à partir des actifs échéancés de l’établissement. Cette deuxième métrique permet de dimensionner un programme de refinancement à moyen long terme sur les marchés de capitaux, et vérifier qu’il y a suffisamment de ressources stables en face des actifs longs.

Au travers de ces métriques, l’ensemble du dispositif peut s’articuler : limites de transformation des métiers de la banque, des positions de trésorerie, dimensionnement du buffer, etc.

Ce schéma va se sophistiquer au fur et à mesure, à l’instar de ce qui s’est produit pour les risques de marchés et de crédit. En particulier, les méthodes aujourd’hui mises en place sont quantitativement frustes, et ce volontairement, puisqu’il s’agit de construire un dispositif opérationnel rapidement. Il y a des évolutions de méthodes à prévoir, mais le cadre, malgré tout, évoluera peu à mon avis.

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