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le rôle méconnu dans la crise des agences de notation
Posté par Gilbert Issard le 24.7.2009 @ 22:22 Dans gestion des risques, crise financière, Mon site | 1 commentaire
La crise des banques est parti d’un problème de risque de crédit, avec en ligne de mire les agences de rating (ou de notation si vous préférez ne pas parler franglais, mais dans la finance il est fort difficile d’y échapper). Or malgré toutes les critiques, toutes les attaques et remises en cause, pas grand chose ne semble avoir changé dans ce domaine. Les agences de rating n’ont pas remis en question leurs façons de travailler, ni fait d’autocritique. Pour être franc, je ne vois pas bien ce qui dans le contexte actuel pourrait les inciter à changer. Elles gagnent de l’argent, et malgré les discours elles sont incontournables dans les faits. La législation en Europe et aux Etats-Unis les concernant est en train d’évoluer, mais l’impact sera t’il réellement important ? Je ne le pense pas.
Certes, elles ont largement noté triple A (la meilleure note possible) des émissions structurées, adossées à des créances hypothècaires, qui ne valent plus rien aujourd’hui ou presque. Entre temps, elles ont abaissé la notation, entendant se mettre à l’abri de toute critique. S&P, la plus importante agence de notation avec Moddy’s, a remonté mardi dernier la note d’un programme de CMBS (Commercial Mortgage Backed Securities) en triple A quelques jours après l’avoir abaissée. Le message envoyé au marché et l’impact sur ce compartiment déjà mal en point est évidemment très mauvais. La valeur d’une créance est très fortement liée à sa notation, donnée par une agence de rating. Dans les faits, les agences de rating font la pluie et le beau temps encore et toujours.
Le plus grand fond de pension américain, le “California Public Employees’ Retirement System” (Calpers) a intenté un procès contre les 3 principales agences de rating américaines pour des pertes potentielles de plus de 1 milliard de $, à cause de ce qu’il appelle des notations triple A “furieusement inadaptées”. S&P fait face aujourd’hui à plus de 40 procès de la part d’investisseurs et d’institutions. Jusqu’à présent, les agences de notation ont réussi à éviter la condamnation aux USSA en se targuant du premier amendement de la constitution américaine qui protège la liberté d’expression. Les notations ne sont que des “opinions” dont la liberté d’expression est couverte par la constitution américaine. Cet argument tiendra t’il encore ? Tout le monde des investisseurs se pose bien sûr la question.
L’intégralité du système financier et bancaire actuel repose largement sur l’opinion, le jugement et la notation des agences de rating, dont les méthodes et le fonctionnement sont pour le moins opaques. L’argument des agences de notation, qui veut que les investisseurs doivent pondérer les avis des agences de rating et utiliser leur propre jugement est totalement hypocrite quand on voit à quel point les ratings sont aujourd’hui considérés comme une vérité quant à la solidité financière d’un emprunteur. Les banques sont soumises à des exigences de fonds propres qui dépendent pour une large part des notations données par les agences. La réglementation dite Bâle II a entériné ce principe. La législation bancaire a mis les agences de notation au centre du système prudentiel, alors prétendre réformer et leur donner une moindre place semble pour le moins étonnant d’ingénuité. Ou plutôt, je pense que les régulateurs sont face à un problème qu’ils ne voient pas comment régler, ni par quel bout prendre.
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