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mai 2009
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Archive pour mai 2009

Au fait, ca vaut quoi ?

La comptabilité française était traditionnellement attachée à la valeur historique. Vous achetiez un actif, et sauf cas particuliers, vous le portiez à sa valeur d’achat.Les opérations de marché ont bouleversé la donne, et dès la fin des années 80 sont apparues les portefeuilles de négociation, qui sont comptabilisés à la valeur de marché. La réglementation bancaire a donc entériné une distinction toujours pertinente (mais pas toujours applicable au regard de la réglementation) entre les actifs détenus sur une courte période (portefeuille de négociation), ceux sur une période moyenne (disponible à la vente, ou portefeuille de placement) et ceux appelés à être gardés jusqu’à l’échéance (portefeuille d’investisement, ou détenu jusqu’à la maturité).

La comptabilité bancaire reste dans ce paradigme, pour ces comptes sociaux, mais pas pour les comptes consolidés car depuis quelques années sont apparues les normes IFRS. Les IFRS visaient à inscrire tous les actifs à leur juste valeur, et en particulier les dérivés. Ah….la “full fair value”. Evidemment ce n’est pas possible, alors il y a les distinctions qui ressemblent un peu aux distinctions de la comptabilité bancaire d’avant.

La question sous-jacente est bien évidemment celle de l’information disponible pour l’investisseur et le marché. L’objectif est d’accroître la transparence et l’information. L’objectif a t-il été atteint ? Je ne suis pas convaincu, car comprendre les comptes IAS demandent bien souvent de les avoir fait soi même ou d’y passer un temps important. J’ai travaillé à la mise en oeuvre des normes IAS32 et IAS 39, c’est du vécu… Trop d’information tue l’information. Les normes IFRS sont elles un progrès, j’en doute un peu en ce qui concerne les banques, car il est manifeste qu’elles ont été conçues pour des sociétés industrielles, et pas du tout pour des banques. De ce fait, elles ont raté leur cible pour les banques, et ont davantage obscurci les comptes qu’autre chose.

Sur ce, arrive la crise qui a les effets que l’on sait sur les bilans des banques. La pro-cyclicité des normes IAS est alors apparue. Le raisonnement est alors le suivant : plus le marché se dégrade, plus la valeur des actifs détenus baisse, et diminue la valeur de la banque ce qui entraîne par ricochet une dégradation du marché et fragilise le système financier. Le débat est loin d’être clôt. Il est intéressant, et à ma connaissance peu d’études sérieuses existent sur le sujet. La plus fouillée est sans doute celle de la SEC (pour les normes FAS, pendant américain des IAS) qui conclut de manière claire :

“Rather than a crisis precipitated by fair value accounting, the crisis was a “run on the bank” at certain institutions, manifesting itself in counterparties reducing or eliminating the various credit and other risk exposures they had to each firm. This was, in part, the result of the massive de-leveraging of balance sheets by market participants and reduced appetite for risk as margin calls increased, putting enormous pressure on asset prices and creating a “self-reinforcing downward spiral of higher haircuts, forced sales, lower prices, higher volatility, and still lowerprices.” The trust and confidence that counterparties require in one another in order to lend,trade, or engage in similar risk-based transactions evaporated to varying degrees for each firm very quickly.”

En français et en résumé, la comptabilité de fair-value (ou juste valeur) n’a pas créé la crise. L’accumulation du risque de crédit et l’augmentation des exigences d’appels de marge de certaines institutions, ainsi que la vente massive pour “de-leveragé” ont créé et accéléré la crise. En d’autres termes, la prise en compte de la fair-value a accéléré la crise, mais pas via la comptabilité, mais via le suivi des risques des positions et leur gestion.

Alors les évolutions des normes FASB et IASB sont elles une bonne chose ? Je ne sais pas bien, je n’arrive pas à me faire une opinion. Je ne suis pas convaincu par les IAS, et la full fair value, mais j’ia peur que les modifications récentes (début avril pour les FAS) ne soient que le résultat d’un compromis douteux qui va obscurcir encore un peu plus les comptes des banques. J’espère me tromper.

La gestion du risque de liquidité 2

Le risque de liquidité est celui de ne pas faire face à ses échéances. Derrière cette définition, se trouve un problème plus complexe à gérer. Car la liquidité est diverse et pour correctement la gérer il importe de préciser de quelle liquidité il s’agit.

Aujourd’hui il est possible d’introduire au moins deux types de liquidité :

  1. une liquidité court terme ou de marché
  2. une liquidité long terme ou de funding

La liquidité court-terme concerne les activités de marché car la volatilité des opérations est forte, pouvant entraîner des sauts de liquidité considérables.

La liquidité long-terme  concerne le reste du bilan et surtout, les engagements hors marché, le banking book essentiellement.

Un consensus s’est dégagé au sein des régulateurs et des banques pour dissocier ces deux types de liquidité, et leurs modes de gestion.

La liquidité court-terme est piloté surtout au moyen d’un suivi de l’actif négociable (actifs rapidement cédables ou mis en repo). Les principaux établissements bancaires ont mis, ou mettent, en place des outils de suivi. Il s’agit d’un chantier à part entière dans toutes ses dimensions : définition des informations pertinentes, processus de collecte et de traitement, mise en oeuvre de systèmes d’informaiton, niveau et degré de consolidation des informations, systèmes de limites et processus d’alertes, etc.

La liquidité long-terme s’appuie davantage sur les outils traditionnels de la gestion actif-passif, avec les impasses (gaps) de liquidité. Les outils sont alors davantage des mesures statiques, des mesures dynamiques intégrant des projections de bilan et d’activité commerciale, des programmes de funding intégrant des aléas éventuels sur la déformation du bilan, etc.

Même si les mesures et gestion sont différenciées dans les faits, ces deux types d’indicateurs doivent rester intégrés dans un plan de gestion globale de la liquidité. Le long terme finit toujours par devenir court-terme, et la sur-liquidité a un prix, surtout à long terme.Il s’agit de la courbe de liquidité de l’établissement.

La question qui se profile à l’horizon est celle de l’équilibre à couvrir son risque de liquidité et ne pas emprunter de manière excessive à long terme pour ne pas payer trop. Nous retombons dans la question traditionnelle de l’équilibre coût/risque, seulement, la démarche et les modalités de gestion diffèrent des problèmes précédents.

De l’importance de la gestion des risques

Les résultats de BNP Paribas et de SG pour le premier trimestre 2009 sont sortis. L’écart est important entre eux, puisque BNPP annonce 1,56 Md d’Euros de bénéfices et SG -0,3 Md d’Euros de pertes.

L’analyse rapide des deux communiqués fait clairement ressortir l’importance de la gestion des risques. Bien sûr cela n’explique pas tout, mais il suffit de comparer les communiqués de presse pour s’en convaincre. Le coût du risque diminue chez BNPP et il augmente chez SG.

Le rapport annuel SG en dit long, ce n’est pas la peine d’ajouter quoi que ce soit :
On constate une augmentation des risques sur les USA et la Russie. 

L’augmentation de la charge du risque sur le trimestre reflète la détérioration générale de la conjoncture économique. Rapporté aux encours pondérés Bâle I, le coût du risque commercial sur leT1-09 s’établit à 120 points de base (1,4 milliard d’euros).

  • La charge du risque des Réseaux France s’élève à -230 millions d’euros (68 points de base contre 28 pb au T1-08). Cette dégradation est liée principalement à la clientèle commerciale, la clientèle de particuliers affichant toujours un coût du risque faible.
  • Dans les Réseaux Internationaux, le coût du risque commercial se dégrade sur le trimestrepour atteindre 173 points de base contre 61 pb au T1-08. Cette évolution défavorable provient pour l’essentiel de Rosbank et Komercni Banka, cette dernière filiale ayant souffert de la faillite d’une contrepartie corporate. Dans les autres implantations, les risques restent contenus.
  • Pour les Services Financiers, le coût du risque commercial est en hausse sensible à 197 points de base au T1-09 contre 105 pb au T1-08, essentiellement sur les activités de crédit à la consommation.
  • La charge du risque de la Banque de Financement et d’Investissement est de -567 millions d’euros, dont 185 millions d’euros en provisions collectives (-58 millions étant rattachés aux actifs transférés le 1er octobre 2008 en portefeuille de « Prêts et Créances ») et 104 millions d’euros pour divers litiges. Retraité des éléments liés au transfert d’actifs, le coût net du risque ressort à 139 points de base, reflet de la détérioration des portefeuilles.

Au total, le Groupe dégage sur le trimestre un résultat d’exploitation de -218 millions d’euros.”

En temps de crise et de difficultés, le dispositif de contrôle des risques reste la clé, même si cela peut être vécu comme un fardeau en temps de croissance et de beau temps.

L’indicateur précurseur reste pour moi l’accident Kerviel, car un tel accident n’arrive pas par hasard.  Qu’un trader prenne des positions qui le font sortir de ses limites ne me surprend pas plus que cela, c’est normal. C’est comme un automobiliste qui dépasse les limitations de vitesse. C’est arrivé, cela arrive et cela arrivera. C’est dans la nature humaine d’aller chercher les limites lorsque la rémunération, le bonus en dépend. Le système est ainsi fait. Le problème tient plutôt à la durée du dépassement de limites. Que le management ait laissé faire, fut ce tacitement, montre bien que la culture risque, le dispositif global et intégré de risques comportait des lacunes. Les résultats trimestriels ne font que confirmer ce point à mon avis, et BNPP tire son épingle du jeu.

La liquidité est elle revenue ?

Les taux ont baissé, et même bien baissé sur la partie courte de la courbe, qu’il s’agisse de l’Euro, du dollar ou de l’USD. Il y a un an, début mai 2008, l’EURIBOR 1 an était à 5,43 %, il est aujourd’hui 1 an après à 1,71 %.

La baisse est importante, elle montre que  les tensions sur la liquidité interbancaire se sont résorbées. La question de la liquidité est elle pour autant reléguée à l’histoire ? Je ne le crois pas.

Certes, les banques centrales ont montré à quel point elles peuvent agir sur les marchés interbancaires et l’économie dans son ensemble. C’est un progrès indéniable dans la gestion des marchés. Malgré tout, plusieurs leçons peuvent être tirées, qui incitent à la prudence et à ne pas abandonner les chantiers ouverts sur le sujet de la liquidité.La liquidité bancaire semble être revenue, elle ne paraît pas pour autant stable.

D’abord, la crise récente a montré la vélocité de la liquidité. La liquidité peut s’assécher à un endroit pour se réfugier en un autre à une vitesse que personne n’avait réellement prévue. Un marché peut se fermer du jour au lendemain, celui du RMBS qui a fait tomber la banque Northern Rock en est l’exemple le plus frappant. Le dogme était auparavent qu’un repo est le moyen le plus sûr d’obtenir de la liquidité et une garantie de refinancement en cas de crise ponctuelle du marché. Cela s’est avéré faux. La qualité du papier est prépondérante, et la réflexion doit intégrer cette dimension.

Ensuite, la principale différence entre la crise de 29 et celle de 2007 se situe dans le processus de fragilisation du système bancaire. En 29 comme en 2007, il y a eu “Bank Run”, ou pour le dire en français une course pour retirer ses fonds des établissements sur lesquels pesaient de gros doutes de solvabilité. Néanmoins, alors qu’en 29 les petits épargnants et déposants ont couru retirer l’argent laissé sur leurs comptes courants, en 2007 ce furent les banques  qui réalisèrent le “bank run” entre elles. La course au dépot des particuliers ne s’est réellement produite que pour Northern Bank, (on se souvient de ces photos jamais vues depuis 1929 de particuliers faisant la queue sur le trottoir pour vider leurs comptes). Il y a eu la crainte de la répétition de ce scénario mais les Etats et les banques centrales ont pu calmer le jeu. Ce d’autant plus que les dépôts des particuliers ne sont plus la principale source de refinancement des banques, en particulier en France.

Comment éviter le “interbank run”, la course au retrait des dépôts interbancaires ? Telle est aujourd’hui la question qui doit rester dans les esprits des directions financières de banques,  car nous avons évité le pire mais il pourrait y avoir une autre crise. Ces travaux là ne sont pas terminés, et en fait, ils ne sont qu’entamés. Attendons désormais les conclusions des régulateurs.

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