Infos

Vous parcourez actuellement les archives du blog Gestion financière et stratégies bancaires de janvier 2009.

janvier 2009
L Ma Me J V S D
    fév »
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293031  
Liens

Archive pour janvier 2009

Des années difficiles en vue pour la gestion d’actifs

La fusion de la gestion de SG (SGAM) et celle du Crédit Agricole (CAAM) a été annoncée ce 26 janvier. La consolidation a un sens certain, car l’année qui vient risque d’être difficile pour le monde de la gestion collective d’actifs.

Le succès du Livret A montré que les français préfèrent mettre leur argent sous le matelas que dans des fonds. La décollecte est réelle, le retour de baton est sévère et rien ne montre que la tendance s’inverse. Le meilleur résumé se trouve dans le post de Krugman, le prix Nobel d’économie, sur son blog, intitulé Madoff economy. Le réquisitoire est dur, mais il mérite réflexion (la traduction est la mienne) :

Le système de paie de Wall Street récompense outrageusement l’apparence de profit, même si cette apparence se révèle plus tard avoir été une illusion.

Prenez l’exemple hypothétique d’un gestionnaire de fonds qui leverage l’argent de ses clients avec beaucoup de dettes, et investit le montant grossi dans des actifs à haut-rendements mais risqués, comme des titres douteux collétarisés avec des créances hypothécaires. Pour un temps, disons - aussi longtemps que la bulle immobilière continue de gonfler - il (c’est presque toujours un “il”)  fera de gros profits et recevra de gros bonus. Ensuite, lorsque la bulle éclate et que ses investissements se transforment en déchets toxiques, ses investisseurs perdront gros mais il gardera ses bonus. (…)

et il conclut.

Alors, en quoi ce qu’a fait Wall Street en général est différent de l’affaire Madoff ? Et bien, Madoff a de toute évidence sauté quelques étapes, en volant simplement l’argent de ses clients plutôt que de collecter de grosses commissions  tout en exposant les investisseurs à des risques qu’ils ne comprenaient pas. Madoff était apparemment un fraudeur bien conscient, beaucoup de gens à Wall Street croyaient en leur propre talent. Malgré tout, le résultat est le même (à l’arrestation à domicile près) : les gestionnaires de fonds sont devenus riches ; les investisseurs ont vu leur argent disparaitre.

Le verdict est sévère, mais Krugman n’est pas franchement un grand libéral (au sens français du terme). Chacun est libre de penser ce qu’il veut de l’analyse de Krugman, il reflète malgré tout une opinion largement répandue dans l’opinion publique. La baisse des encours gérés est réelle, et elle n’est pas encore terminée.

Après les vaches grasses, la période de vache maigre s’annonce pour la gestion d’actifs.

Allons nous vers un protectionisme financier ?

Le système bancaire a été, et reste, très ouvert : les devises sont librement convertibles, les prêts/emprunts interbancaires ne sont pas soumis à des contraintes nationales (avec évidemment des exceptions pour certaines économies émergentes). Les grands groupes bancaires internationaux gèrent leur liquidité globalement.

Alors que le modèle bancaire classique faisait reposer le refinancement sur les dépôts de la clientèle nationale, nous sommes aujourd’hui face à un modèle qui insiste sur la diversification des apporteurs de liquidité : émettre des CP à Tokyo ou New-York pour les swapper en euros est la base de la gestion de la liquidité aujourd’hui.

Ce modèle ne semble pas remis en cause par les banques. Le risque existe malgré tout d’une “balkanisation du marché de la liquidité” pour reprendre l’expression de Willem Buiter dans un article de son blog sur le site du Financial Times. Cette opinion faisait suite à la décision de la Banque Nationale d’Italie de garantir les opérations inter-bancaires aux banques italiennes uniquement.  Willem Buiter craint une renationalisation des opérations inter-bancaires et un repli chacun sur son marché.

Le débat est intéressant. Willem Buiter avance deux arguments :

  1. la supervision bancaire est, dans les faits, une question nationale
  2. la possibilité de sauvetage d’une banque est entre les mains de chaque Etat.

Ainsi qu’il l’écrit :

This finanancial protectionism is to a large extent the unavoidable consequence of the rediscovery, during the current financial crisis, that although banks and other financial institutions have become global, regulation and the fiscal capacity to bail out banks and other tottering financial institutions have remained national.  Consequently, we have seen two forms of re-nationalisation of banking and finance.

Dire qu’il y a renationalisation des opérations interbancaires et de la liquidité me semble un peu prématuré. Le risque est réel malgré tout. Alors que la crise des années 30 avait débouché sur une montée des protectionismes qui avaient aggravé la crise, nous courons le risque d’une montée du protectionisme bancaire et financier qui déboucherait sur une crise plus profonde.

Cette question est l’une des questions clés que les régulateurs, au premier rang desquelles, l’Europe et la BRI doivent répondre et trouver des solutions. Le laissez-faire qui a prévalu jusqu’à présent n’est pas viable, il s’agit désormais de ne pas aller dans l’excès inverse, qui nuirait à tous.

Pourquoi ce blog ?

Je suis consultant en banques sur tous les domaines qui touchent de près ou de loin la gestion actif-passif et les risques. Je travaille dans ce domaine depuis plusieurs années, et je vois ce métier évoluer au sein des banques. Ces changements méritent d’être mis en lumière et faire l’objet d’analyses, de commentaires et de réflexions. C’est l’objectif de ce blog.

Le sujet était passionant avant la crise, mais celle-ci a mis en exergue l’importance vitale de la liquidité et des grands équilibres bilantiels au sein d’une banque. En d’autres termes, la crise actuelle rend cruciale la gestion actif-passif. J’ai la chance de participer chez mes clients à son évolution.

La position de consultant indépendant permet de jeter un regard différent de celui des professionels des banques, mais également des chercheurs et universitaires, parfois trop loin des préoccupations quotidiennes des établissements. J’espère que vous y trouverez des éléments susceptibles de vous intéresser.

A bientôt

|